Cusco et le fameux, le Machu Picchu.

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Pérou - De Cusco au MachuPicchu
de Annabel, le 24-05-2006

Cusco et le fameux, le Machu Picchu.

Manu et Anna sont de retour, avec plein de nouvelles histoires, des découvertes grandioses, des aventures pittoresques, et plein de boutons de moustiques… Tout ça en dix jours, en compagnie de Guillaume, mon grand frère, et de Claude, sa (petite) fiancée. Commençons par le commencement.

Guillaume et Claude sont arrivés à Lima le 17 mai, en fin de soirée. Ils ont été accueillis à grands cris par Tito, chaudement recommande par Reine, la marraine de Manu. En effet, Tito a bien pris soin d eux, les hébergeant pour une nuit, leur faisant même la causette jusqu´à deux heures du matin… Ceci dit, ses bons soins ont eu un prix, mais rien n´est trop cher quand on arrive en terrain inconnu ! Nous sommes allés les chercher à l´aéroport de Cusco le 18 au matin, avec armes et bagages, un peu tristes de quitter la chaleur et l´amitié de Soazig, Thomas et Marine qui nous ont accueillis pendant une semaine. Mais je savais que nous partions vers de nouvelles aventures, et pas des moindres, puisqu´au programme figuraient le Machu Picchu, la découverte de Cuzco (enfin !),une randonnée de quatre jours vers le site perdu de Choquequirau, Arequipa « la Blanche »…

C´est ici que je reprends le clavier pour vous rendre compte de ces quelques jours un peu frénétiques mais magiques. Cuzco avec ses 3 350 m d´altitude, au mois de mai, Cuzco (ou Cusco ) est une ville très agréable pour flâner dans les nombreuses vieilles ruelles aux murs imposants, révélant encore la perfection des fondations des bâtiments incas. Nous avons bien sûr compté les douze côtés de la pierre aux… douze angles de la rue Hatunruniyoc, et nous avons bien cru apercevoir le puma dessiné par l´arrangement de plusieurs blocs (si, si, en se baissant un peu, en penchant la tête à un angle de 47°, et en plissant les yeux…).
Nous avons visité l´étrange site de Qoricancha, où l´on peut se rendre compte de l´avidité des premiers espagnols. Dans cet ancien temple Inca dédié au dieu soleil, l´Inti, les trois premiers conquistadors qui ont repéré les lieux ont pillé l´édifice des plaques d´or massif qui le recouvraient… à mains nues ! Aujourd´hui, il ne reste que quelques murs mis sous verre au centre du Couvent San Domingo…
Le musée Inca, ou musée archéologique nous a offert l´occasion de rafraîchir nos connaissances sur la civilisation Inca, son agriculture, ses rites et religion, son urbanisme… Peu de pièces intéressantes, mais quelques reconstitutions utiles en diorama. Une rencontre avec une vieille dame péruvienne nous a singulièrement émus : la larme à l´œil devant les talents de tisserands, d´orfèvres, de bâtisseurs et d´agriculteurs du peuple Inca et la disparition de cette magnifique civilisation, elle fait mine de se tailler les veines du poignet en s´exclamant : « Ah, si je pouvais ôter de mon sang le sang espagnol ! Si je pouvais être une pure Inca ! »

Le vendredi 19, nous sommes partis à l´aube, en bus, pour les quatre sites Incas qui bordent la route vers Pisaq, que nous avons visités en descendant à pieds vers la ville. Dans l´ordre, et du nord au sud : Tambomachay, ou bains de l´Inca, nommé ainsi du fait des deux fontaines encore en eaux que l´on peut encore voir sur le site ; Puka Pukara, la « forteresse rouge », qui dresse ses murs en ruine au-dessus d´une magnifique plaine agricole ; Qenqo, une étrange place semi-circulaire surplombée par un mole rocheux naturellement érodé, avec lequel les Inca ont joué, faisant naître de la pierre des trônes et des escaliers, des formes de puma ou de condor, des grottes et des niches cachés, des rigoles pour faire couler la chicha lors des rituels (ou du sang ?!). Enfin, nous avons atteint en fin de matinée le site de Sacsayhuaman, malheureusement envahi par les groupes de touristes débarqués en bus. Toutefois, nous avons pu profiter de l´admirable architecture du site, de ses énormes blocs de pierre formant les murs d´enceinte dont certaines pèsent jusqu´à 128 tonnes ! Derrière la place principale, se cachent des toboggans naturels, creusés dans la roche, sur lesquels nous n´avons pas pu résister à une glissade, ajoutant le passage de nos fesses à ceux de nombreuses générations. Au-delà de la beauté du lieu, nous nous sommes recueillis sur ce site qui fut le théâtre de la dernière bataille entre une poignée d´espagnols et l´armée rebelle Inca, menée par Manco, qui a bien failli reprendre Cusco aux envahisseurs. De là, nous retournons en ville pour un déjeuner un peu décevant (oui, bon, d´accord, je n´avais qu´à pas confondre papitas, petites pommes de terre, avec patitas, morceaux de couenne et de gras…), et pour préparer nos affaires pour l´expédition vers le Machu Picchu.

Machu Picchu, Machu Picchu… Combien de fois ai-je pu prononcer ce nom sans frissonner ? Combien de fois ai-je rêvé ses terrasses escarpées, ses allées étroites, ses maisons sans toit perchés au-dessus du Rio Urubamba ? Nous avions tous en tête, évidemment, la photo du site surplombé par le pic majestueux du Huayna Pichu, ville fantôme se découpant dans la brume. En partant vers ce rêve de tant d´années, je me demandais : « Le Machu Picchu serait-il un fantasme ? Un de ses rêves qui n´est beau que parce qu´il ne se réalise pas ? » Mais j´avais le cœur léger, un peu comme une fiancée allant à la rencontre de son fiancé (et désolée pour le sentimentalisme…). En bus vers Urubamba puis en combi jusqu´à Ollantaytambo, je prends conscience, petit à petit de ce qui m´arrive.
Le site Inca d´Ollantaytambo, dans le soleil couchant, est comme un clin d´œil du jour qui va suivre. Nous dînons dans un chouette restaurant qui accueille un groupe de jeunes musiciens, magnifiques « spécimens » de ces descendants des Incas, au nez en bec d´aigle, à la peau sombre, aux yeux en amande et aux épaules carrées… Claude et moi en restons bouche bée. Leur musique est enjouée et pleine, le souffle qui résonne dans les flûtes de pan me fait rire de bonheur : nous y sommes, demain, c´est le Machu Picchu !!!
Le fameux train des « backpackers », réservés aux touristes, nous emporte, de nuit, vers le petit village d´Aguas Callientes. Sur la petite place, les représentants de nombreux hôtels attendent les touristes sous leur pancarte. Nous dénichons un petit hôtel touristique pas trop cher où nous pouvons poser nos affaires et piquer un somme de quelques heures avant le réveil programmé à quatre heures du matin.

Et ce samedi 20 mai 2006, nous entamons l´ascension à 4h30, éclairés par notre lampe frontale, coupant les virages de la route qu´emprunteront les bus un peu plus tard, enchaînant avec de plus en plus de difficulté les quelques centaines de marches qui mènent au site. Manu et moi prenons un peu d´avance. Nous ne voulons pas rater le lever de soleil et les changements de lumière. Déjà, au détour d´une courbe du chemin, j´aperçois le sommet d´une montagne qui ne peut être que le Huayna Picchu. Je reprends des forces à cette seule vue. Enfin, nous ne sommes qu´à quelques mètres sous les premiers bâtiments et nous nous mettons presque à courir. Lorsque nous arrivons sur le site, vers 5h45, nous avons à la fois la mauvaise surprise de trouver le site fermé (il n´ouvre qu´à 6h) et la bonne surprise d´être parmi les dix premiers visiteurs. Enfin, les guichets ouvrent et nous nous précipitons littéralement vers le site… Au bout du chemin d´accès, je découvre, hébétée, ravie, larmoyante, riante, cette citée magique et mystérieuse dont les contours se dessinent dans la brume matinale, jalousement gardée par le Huayna Picchu, les pics enneigés au loin et baignée par les eaux du Rio Urubamba. Il m´est difficile de dire ce que j´ai ressenti à cet instant sans paraître ridiculement romantique, mais la bouffée d´émotion qui m´a étreint le cœur fut sans doute un des plus purs moments de joie que j´ai pu vivre au cour de mes 29 petites années. A partir de là, j´ai effectué la visite sur un petit nuage. Nous effectuons au pas de course les derniers mètres pour être les premiers au pied de la maison du gardien qui surplombe le site et en offre les plus belles vues. Et nous avons le bonheur de nous trouver seuls, quelques minutes, face à cette cité perdue pendant de si longues années. Guillaume et Claude nous rejoignent à temps pour assister à l´ascension du soleil éclairant d´abord avec parcimonie, puis de plus en plus rapidement le Huayna Picchu, et le site dans son ensemble. Nous prenons notre temps pour arpenter les ruelles, les places, les terrasses, les fontaines, les nombreux escaliers, les temples et les habitations, nous arrêtant pour nous reposer au soleil, loin des foules qui commencent à se presser maintenant que les bus se font plus nombreux. Je ne vais pas faire ici une description exhaustive du site, archéologique ou historique, principalement parce que de trop nombreuses théories existent sur sa création, le pourquoi de son oubli, la nature de ses bâtiments, etc. Une chose que je peux dire toutefois, c´est que je me suis sentie comme une conquérante abordant un nouveau monde lorsque j´ai posé mes yeux sur l´Intihuatuana, roche sculptée pour en faire un observatoire astronomique, que nous avions déjà vue à Pisaq. Pour le détail des batiments, vous pouvez voir les photos, mais sachez que cette nomenclature a été « inventée » par le re-découvreur du Machu Picchu, Iram Bingham, en 1911, et que rien de sérieux ne vient l´étayer… mais à défaut ! Enfin, au bout de cinq heures, un peu abasourdis, nous redescendons vers Aguas Callientes, nous faisant doubler dans la descente par de jeunes coureurs en costume traditionnel, qui font la course avec les bus pour gagner quelques soles. Je dois dire que je suis restée un peu sur ma faim, n´ayant pas eu l´énergie après le réveil matinal et l´ascension de grimper en haut du Huayna Picchu. Je me dis que je reviendrai…

A suivre : le récit des 4 jours de randonnée surhumaine à Choquequirau.

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