Ballade à la Isla del Sol. Ca y est, nous nous sommes acclimatés à l’altitude, grâce aux quelques jours passés à la Paz, à traîner nos guêtres de la rue Illampu à la rue Comercio pour échanger des stickers de football. Annabel a craqué et a commencé son propre album Panini (si, si). Les échanges d’images en capitale, contrairement à Sucre où Manu a commencé sa collection, sont affaires d’adultes, et il n’était pas rare de faire affaire avec des hommes en costume-cravate, portable collé à l’oreille. Bref, peu de découvertes captivantes à La Paz, si ce n’est les petits musées municipaux qui ont le mérite d’être regroupés dans une même ruelle pavée aux vieux immeubles coloniaux, mais dont les collections sont plutôt décevantes (je sais, certains puristes passionnés auraient a-do-ré le sous-sol du musée des métaux précieux présentant quelques beaux pectoraux et autre parure de la période Tiwanaku...). Nous avions hâte de nous évader de cette cité polluée, bruyante et grouillante de touristes pas toujours très polis ni très sympathiques. Dans une agence de voyage, nous achetons un billet combiné de bus pour Copacabana, et Puno au Pérou. Le trajet jusqu’à Copacabana est magnifique : dans le lointain, comme érigeant une barrière de glace autour de l’altiplano, la cordillera Real étale ses sommets enneigés sur un ciel limpide. L’arrivée en bus à Copacabana est un moment magique : la petite ville de 15 000 habitants est nichée entre des collines desquelles surgissent par endroit des pitons rocheux, des croix penchées et quelques eucalyptus. Dans le fond, les eaux scintillantes du lac semblent tout droit sorties d’une carte postale de la Méditerranée. Nous posons nos bagages à l’hotel Aroma... Nom un peu usurpé ma foi. Le prix nous a convaincu de rester ; avec ses 10 bolivianos par personne, soit 1EUR, il est difficile de demander plus qu’un lit et quatre murs. Nous déjeunons dans un restaurant recommandé par le Lonely Planet, le Sujma Wasi... Une petite merveille de truite saumonnée, de patates douces, de quinoa et de fèves pour tous les deux nous met en forme pour l’après-midi. Et nous partons nous promener, histoire de repérer les lieux... Manu me convainc de faire l’ascension du cerro del Calvairo, non sans mal car j’ai peur de l’altitude après en avoir été bien malade à La Paz. Finalement, j’arrive à grimper le sentier escarpé qui conduit d’une station à une autre du Chemin de Croix jusqu’au sommet, quelques dizaines de mètres plus haut, sans être trop essoufflée. La vue que l’on a du haut de cerro nous récompense de toute façon de nos efforts. Il n’y a là que quelques autels dédiés à une ribambelle de saints et de vierges et quelques vendeuses de soda. Plus tard, nous descendons jusqu’à la place et la surprenante église xxx aux murs d’une blancheur éblouissante et aux coupoles recouvertes de carreaux de céramiques, donnant à la ville un petit air andaloux. Il commence à faire un peu froid, et nous rentrons à l’hotel pour une petite partie de cartes. Le soir, nous allons diner au Leyanda, un petit resto sans prétention au bord de la plage (mais on est loin de vouloir se prélasser sur le sable...). Je m’empiffre d’un « filet mignon » de boeuf et de patates frites, histoire de me préparer pour la randonnée de 3 jours qui nous attend, au bord du lac Titikaka. Pas de chance, au matin, pas d’eau dans l’hotel... Pas d’eau : pas de douche... Bon départ pour 3 jours de marche, non ? Bref, nous avons choisi l’option « légèreté avant confort », en prévision des 4 000m d’altitude qui devraient considérablement ralentir la marche. Nous partons par l’est de la ville, le soleil dans les yeux (je n’ai toujours pas acheté de nouvelles lunettes de soleil), le lac à notre gauche. Sur la route, nous croisons les villageois voisins qui s’en viennent au marché, qui poussons une charette, qui courbé sous le poid d’une couverture chargée de patates douces ou de fèves. Tout le monde sans exception nous gratifie d’un buon dia au sourire édenté auquel nous répondons sans faute. Nous marchons tranquillement pour commencer mais Manu a bien du mal à brider sa fougue et nous voilà bientôt sautillant sur la piste poussiéreuse et caillouteuse comme deux chèvres dans la lande. La route serpente en longeant la rive du lac, bordé de roseaux, de barques, de champs marécageux, de champs de fèves et de blé déjà jaune, de maisonnettes de briques au toit de tôle... Nous atteignons au bout d’une heure la petite portion du camino del Inca qui constitue un bon raccourci. On ne rigole plus là : qui dit raccourci dit pente, et qui dit pente, à cette altitude, dit souffle et râle comme un cochon asthmatique. Nous faisons une pause bienvenue en haut de la colline avant de descendre vers Titicachi, le premier des villages qui occupe la presqu’île de laquelle partent les bateaux pour la Isla del Sol. Un peu plus loin, nous arrivons à Sicuani. Là, nous sommes abordés par Xavier, qui nous propose de nous emmener en barque jusqu’à l’Ile. Mais nous en sommes encore loin et la traversée durerait 1h30. Nous lui demandons où est l’hôtel Yampu. Il nous dit qu’il est fermé car le propriétaire est à Copabana, mais il peut nous faire à manger si on veut. Nous ne voulons pas, car nous le trouvons un petit peu trop insistant. Finalement, 10 mètres plus loin, nous passons devant l’hôtel Yampu où un jeune homme charmant, Reinaldo, nous sert deux Coca Cola. Il sort un album photo pour nous montrer comment se fabrique les barques en totora, le roseau du lac. Ce sont les barques des Incas. Il faut en moyenne un mois pour les fabriquer en liant des bottes de roseau entre elles, et en serrant à mesure qu’elles sèchent. En comparaison, la durée de vie d’une barque est de neuf mois seulement. C’est pourquoi on ne voit plus guère que des barques en bois voguer sur le lac, de nos jours. Nous nous laissons tenter par une petite promenade dans la barque que la famille a fabriquée pour les touristes. La petite Ianet, la nièce de Reinaldo, quatre ans, nous accompagne. Avant d’embarquer, Reinaldo nous fait une démonstration très impressionnante de lancée de pierre à l’aide d’une fronde en laine d’alpaca et de lama. La pierre part à une vitesse foudroyante, et va faire peur à un canard qui nageait sans rien demander à personne, à quelques dizaines de mètres de la berge. Manu et moi nous risquons à tenter un lancer, mais devant la difficulté de manipuler la fronde, et quelques vols ratés, nous décidons pour le moment que c’est un sport trop dangereux. Le tour en barque ne dure que quinze minutes, et nous sommes surpris par la stabilité de l’embarquation. Je me prends pour Zia, Manu pour Esteban, et dans ma tête, nous ne sommes plus qu’à un coup de perche des Cités d’Or. Mais la journée avance, et il nous faut repartir vers Yampupata, d’où nous espérons prendre une barque pour l’Isla del Sol. Après une petite heure de marche et un bon pique-nique à l’ombre des eucalyptus, nous abordons sur la plage du village, où quelques hommes attendent les touristes. Les prix ont été fixés en association et pour 15 bolivianos par personne, Roberto nous offre une traversée musclée. Il faut dire qu’il y a du vent, et le lac se soulève en vaguelettes franchement vicieuses pour les bras du rameur. Il nous faudra 40 min pour arriver à l’Ile. Roberto nous dépose sur des rochers sur la pointe sud. De là, un chemin part vers le site de Pilkokaina. Mais nous cherchons à rejoindre l’hacienda Japapi où l’on peut, parait-il, camper. Malheureusement, les terrasses sont en train d’être labourées et il semble que le chemin dont notre guide de trekking parle ait été détruit. Heureusement, une dame puis un jeune ilien gardant ses moutons en écoutant une petite radio portable, nous renseignent et nous accompagnent même jusqu’au bon embranchement. De là, il nous faut encore descendre en traversant des terrasses aux murets élevés. Une famille déterrant des petite pommes de terre, termine de nous mettre sur la voix, en jetant au loin une pierre pour nous indiquer la direction. Nous finissons par retrouver le large chemin pavé qui relie Yumani, le principal village de l’Ile et l’hacienda Jupapi. Au carrefour, une sorte de large platerforme, délimitée par des enclos en pierre nous offre un site parfait pour planter la tente. Le soleil se couche vite derrière les montagnes, et le froid se lève en même temps qu’un petit vent. Nous plantons la tente bien â l’abri derrière un muret, tout au bord du chemin. Dans la pénombre du jour qui termine, une succession de paysans, jeunes et vieux, hommes et femmes, enfants gambadant plus agilement que leurs ânes, nous salue et s’arrête le temps d’échanger quelques mots, nous félicitant pour notre tente, ou nous racontant leur journée aux champs. Nous offrons du jus d’orange à un vieux monsieur et son fils que nous voyons s’éloigner vers Yumani, le dos chargé de pommes de terre. Malheureusement, le sol est plus en pente que ce que nous avions cru, et surtout très dur. Nous passons une nuit un petit peu difficile et somme réveillés très tôt. Petit déjeuner de bananes, de pain et de chocolat avalé, nous partons pour notre deuxième journée qui doit nous conduire tout au nord de l’Ile et au site Inca de Chincana. Nous montons tout d’abord vers les hôtels et les maisons de Yumani, que nous apercevons sur la crête. Nous y prenons un café et nous refournissons en sardines en boîte, chips et... cigarettes ! Au moment de partir, j’oublie l’appareil photo par terre. Je dois revenir sur mes pas en courant, à 4000m d’altitude, devant les yeux ébahis de quelques touristes qui prennent le soleil sur une terrasse. C’est un bon exercice, je vous le dis !
Bref. Pour bien commencer la journée, nous préférons éviter le chemin emprunté par les touristes, et décidons de faire un léger détour, en descendant vers une petite crique. Sympa, mais l’ascension est un peu plus difficile. Je ahane tant que je peux, soufflant comme un boeuf, mais un boeuf heureux, car les paysages sont magnifiques, entre terrasses labourées ou encore occupées par du blé, tâches vert tendre des sources formant marécages, ravines caillouteuses, et toujours, à l’horizon, les plages et la ligne bleu du lac. Nous débouchons sur un terre plein sur lequel la Communauté de Challa a établi un péage pour tout le nord de l’Ile. Nous nous y acquittons des 10 bolivianos, ticket en main, qui doit nous ouvrir les portes des sites Incas et du musée de l’or. Le sentier devient une piste large, bordée de pierres, pavée, sableuse ou suivant intelligemment des veines de roche dur. Elle serpente en suivant la crête qui semble partager l’île en deux, du sud au nord, en un occident sec, peu cultivé, vide de toute habitation, et un occident vert, bien aménagé, et très peuplé. Aujourd’hui, nous restons sur le versant ouest et ne rencontrons donc peu de monde. Nous arrivons vers midi sur le site de Chincana. Il y a une roche sacrée, formation naturelle dans laquelle un archéologue américain, en 1979, a cru voir une tête de Viracocha, dieu créateur des Incas. Quelques cavités sont censées être le berceau du soleil et de la lune. Enfin, quelques traces d’érosion laissées par le fer des roches a dessiné sur le chemin les pas géants du soleil sortant de sa niche. Enfin, une table sacrificielle entourée de tabourets en pierre est restée là, toute blanche sur l’herbe rase. Nous rencontrons sur le site les groupes de touristes débarqués sur l’Ile par les bateaux à moteur qui font la navette depuis Copacabana, et les habituelles « grandes gueules », qui se sentent obligés de commenter la beauté des lieux à grands cris et prendre des poses idiotes sur la table sacrificielle (sur l’Ile de Pâques, nous nous sommes faits virer des plates-formes antiques...). Heureusement, à l’heure du repas, les lieux se vident et Manu part faire quelques photos tandis que je me repose en profitant de la vue. Nous laissons les sacs contre un rocher et partons à l’assaut d’un sommet qui semble culminer au nord de l’Ile. En vingt minutes, nous sommes en haut et nous restons sans voix devant la ligne de la Cordillera Real que l’on aperçoit dans le lointain, au-delà des rives du lac, géant blanc gardant le ciel. Il n’est pas tard mais les lieux se remplissent, et nous mettons les voiles vers le sud-est et la plage. Un petit village surplombe la crique de sable blanc. Des champs de la taille de timbres-poste dessinent une mosaïque tout en nuances de vert. Là, au bord de l’eau, quelques français louent une petite maison, cultivent un champ et nourrissent un âne. Quant, à nous, nous plantons notre tente, le plus loin possible, pour ne pas déranger (ou ne pas être dérangés ?), sur un carré d’herbe moelleuse. Il n’est que 15h et le soleil est encore chaud. J’en profite pour faire un brin de toilette à l’abri d’un muret, avec l’eau plutôt fraîche du lac. Je ne connais rien de plus agréable que cette sensation de chaleur après le vent qui me sèche, comme en camp scout, lorsque l’on s’est forcé à se vider l’eau froide d’une bassine sur la tête. Manu s’est allongé sur l’herbe et s’endort au soleil... On verra le résultat quelques jours plus tard, quand son visage se transformera en tête de jaguar... Mais n’anticipons pas. Nous trempons les pieds dans le lac. Nous commençons une partie de cartes. Nous enfilons nos pulls. Manu monte au village chercher des bières et redescend avec des Coca. Nous restons dans les bras l’un de l’autre à regarder le soleil se coucher. Nous pique-niquons de sardines, de chips, de concombre et de carottes. Nous nous lavons les dents. Nous nous couchons la nuit tombée et nous endormons du sommeil du juste (enfin, je crois !).
Le lendemain, il est à peine 6h30 quand nous nous réveillons, mais nous traînons un peu, bien au chaud dans nos duvets. Quand je mécide à m’habiller, et à sortir la tête de la tente, je tombe nez à nez... avec un jeune paysan, dans les douze ans, qui devait être là depuis un petit moment déjà à nous écouter. Il commence à me poser des questions en espagnol, mais franchement, à 7h du matin, je n’étais pas tout à fait disposer à papoter. Il a l’air de comprendre et me dit qu’il reviendra plus tard. Plus tard, il revient, et me sert la main en nous posant les questions d’usage : d’où l’on vient, qu’est-ce qu’on fait, etc. Mais il a l’air pressé de s’en retourner aux champs et nous laisse un peu surpris. Nous le voyons disparaître sur la colline en nous demandant si nous n’avons pas rêver ce petit bonhomme crasseux. Nous décidons d’aller prendre le petit-déjeuner à Callapampa, le prochain village, qui sert d’embarcadère pour le nord de l’Ile, avant d’en visiter le musée de l’or. Les oeufs brouillés, café, pain frais et beurre, avalés au bord de l’eau, dans une petite cour ensoleillée, sont un vrai bonheur. Les villageois sortent un à un de leur maison, se mettent au travail, qui pour repeindre son bateau, qui pour aller chercher de l’eau, qui pour mener ses bêtes paître. Nous laissons nos affaires le temps d’aller visiter le musée... Mais quelle déception, quelle mauvaise blague que ce musée ! Tout d’abord, on nous demande de repayer un billet, alors que l’entrée aurait dû être comprise dans le billet de la veille. Nous comprenons que les communautés sont en conflit. Challapampa ne doit pas toucher d’argent ou pas assez en tout cas sur les péages et a donc décidé d’imprimer son propre billet. Nous arrivons à négocier l’achat d’un billet pour deux. On nous ouvre une porte et nous pénétrons dans LE musée. C’est une salle de 40m2 à tout casser, dans laquelle, derrière des vitrines crasseuses, on peut voir quelques « coffres » en pierre, une ou deux figurines de lama en or, et un amoncellement indistinct d’ossements, d’outils pré-incas, de morceaux de céramique. Nous avions lu dans le guide de voyage qu’un trésor avait été découvert à 8m de profondeur, laissant deviner l’existence d’une cité enfouie. Je demande à la gardienne du musée ou se trouve le médaillon en or qui apparaît sur le billet. La réponse : « on nous l’a volé ». Je les plains bien, les remercions pour leur gentillesse (sic) et partons cherchez nos affaires pour la fin de la route. La suite de la randonnée est tout simplement magnifique : nous avons à notre gauche la côte de l’Ile formée d’une succession de petites plages de sable blanc, d’embarquadères, de petits villages et de champs s’étalant en pente douce vers le lac. Nous traversons le village de Challa qui est malheureusement le village le plus sale que nous ayons vu en Bolivie. Le chemin pavé, les escaliers qui accèdent à la place principale, plus en hauteur, sont recouverts d’immondices, fumier et déjections animales, eaux sales et purin, ordures ménagères. Il est difficile de ne pas glisser, et comme le chemin est raide, nous aspirons les effluves de pourriture sans rien pouvoir y faire. Nous finissons par rejoindre le sentier principal qui nous ramène au premier péage, où nous apprenons, après nous être plein du problème de billets, qu’il y a bien un conflit entre les deux villages de Challa et de Challapampa et que le trésor se trouve en fait dans le musée de... Challa, que nous avons donc raté ! Super ! Ils n’auraient pas pu nous le dire plutôt ? Enfin, nous rejoignons Yumani, que nous n’avons pas encore apprécié dans toute sa splendeur. Si le site, les chemins et l’agencencement des maisons est magnifique, la prolifération d’hotels, de pensions, de bars et de restaurants, gâchent un peu l’ensemble, car il ne semble pas y avoir eu de concertation quant aux styles architecturaux. Nous ne nous attardons pas dans ce paradis à backpackers. La fontaine de l’Inca, les terrasses aménagées en aval, l’escalier qui y mène et le réseau d’irrigation tracé à partir de la fontaine, sont un magnifique exemple de l’ingéniosité des Incas. Tout est encore parfaitement conservé, c’est un vrai petit coin de paradis, fleuri, vert et ombragé. Nous descendons vers l’embarcadère où nous recontrons Céline, Michael dit « Bali », et leurs enfants Jona et Esther, en voyage en combi mercedes depuis 7 mois. Nous passons une bonne partie de ce dernier après-midi sur l’île avec eux, en attendant de prendre un bateau à 15h30 pour rentrer à Copacabana. Il y a vraiment quelque chose de particulier chez les enfants qui voyagent : absence totale de timidité, grande débrouillardise, un côté qui a je ne sais quoi de cool et d’aventureux. Difficile d’expliquer ça avec des mots, mais on trouve ça chouette. La traversée vers Copacabana est lente et monotone, mais nous profitons encore du soleil sur le toit du bateau. Retour dans notre hôtel de luxe... Ouf, il y a de l’eau et nous arrivons même à prendre une douche CHAUDE ! Le temps d’une petite partie de carte emmitoufflée dans nos ponchos, de regarder le résultat du match du FC Malembe (on a gagné, on a gagné), et nous sortons rejoindre nos nouveaux amis pour le dîner : truite au vin, bière locale, de quoi se rattraper de 3 jours de casse-dalle pas très apétissant.
Le lendemain, à 13h30, nous prenons un bus pour Puno, passage de la frontière péruvienne compris. Nous passons toute la matinée sur la plage de Copacabana, au soleil, à jouer au Yams, boire du café et déjeuonns d’une truite arrosée de bière. Le départ de Copacabana est un difficile, car nous avons un problème avec nos billets de bus, achetés à une agence de voyage qui n’avait pas payé la compagnie de bus. Bref, moi, je ne veux rien savoir, je m’énerve, j’utilise les quelques expressions d’espagnol qui peuvent servir en ces occasions : « Lo no quiero saber », « Estoy un poco cansada »... Dans le genre, Manu aurait dit « Call me the manager ! ». Au bout du compte, nous montons quand même dans le bus et passons la frontière péruvienne huit kilomètres plus loin. Je jubile : LE PEROU !!! A Puno, nous passons un peu de temps sur internet, histoire de mettre sur le site les photos de la randonnée, faute de texte. De retour à la gare routière, mauvaise surprise. La compagnie sur laquelle on nous a inscrits pour le bus jusqu’à Cusco, Pony Express (c’est pas une blague) a l’air d’être la plus pourrie de toutes. Le bus commence à être très en retard. Enfin, à 21h30, on nous presse de prendre place dans un bus d’une autre compagnie, en nous annonçant qu’on va changer de bus d’ici 45 min. Super pour dormir ! En effet, quelques temps plus tard, au milieu de nulle part (je dis ça parce qu’on avait aucune idée de l’endroit), nous embarquon dans un autre bus... Une horreur ! Les fenêtres ne ferment pas. La lumière est allumée presque toute la nuit. Nous grelottons de froid et c’est pratiquement une nuit blanche qui se termine à Cusco à 6h00 du matin. Nous devons retrouver Soasig, Thomas et leur petite Marine dans la journée, puisqu’ils ont gentiment accepté de nous héberger pour une semaine. Nous prenons un café dans une petite boutique auprès d’une gentille petite dame qui nous explique qu’il ne faut JAMAIS prendre lles bus de Pony Express... Merci, on le saura pour la prochaine fois ! Enfin, à 7h, vanés, nous sonnons à la porte de la famille Rabin. Et une nouvelle vie commence pour nous ! Une chambre rien que pour nous pendant une semaine, les repas pris à la maison, à table, menus choisis et cuisinés par nous-mêmes, les films sur l’ordinateur, la musique, les chansons à la guitare, les douches chaudes à toute heure de la journée... Un vrai bonheur. Je ne perds pas de temps et m’inscris pour des cours d’espagnol à l’institut Excel, quatre heures par jour, l’après-midi, avec Luis. C’est génial car les cours sont parfaitement adaptés à mon niveau. Je fais beaucoup de conjugaison, c’est ce qui m’importe le plus. Pour le vocabulaire, je me dis que je peux me débrouiller toute seule. J’ai déjà dit que nous étions allés au marché de Pisaq dimanche, mais vu la chaleur, nous avons préféré reporter à mardi matin la visite des ruines.
Et donc, ce mardi, nous nous sommes levés de très bonne heure pour prendre un bus direction Pisaq. La veille, couchée à 23h30 après de grandes discussions philosophique avec Thomas. Soasig, enceinte de quatre semaines, est un peu fatiguée, et j’admire son énergie : s’occuper de la petite Marine, qu’elle allaite encore, de sa petite maison, de son petit mari, tout en gérant les nausées du matin... Pas facile ! Moi qui ne fais rien de tout ça, j’ai beaucoup de mal à me lever. Manu me guide jusqu’au bus, parce que je marche comme une zombi, et je dors pendant tout le trajet jusqu’à Pisaq. Un petit-déjeuner s’impose, sur la place du village, où on a un peu de mal à faire comprendre à la serveuse que NOUS NE VOULONS PAS LE PARASOL ! Nous commençons l’ascension vers les ruines de Pisaq par un bel escalier, un peu raide ma foi, mais l’environnement est impressionnant : le sentier monte en zig-zag au milieu de terrasses aménagées il y a 500 ans par les Incas. Les murs sont parfaitement droits et réguliers, les terrasses horizontales, présentant des surfaces quasiment égales. Aujourd’hui, elles ne sont plus cultivées, mais à l’époque, elles étaient sûrement recouvertes de maïs, utilisé pour la fabrication de la chicha, cet alcool qui servait pour les cérémonies religieuses. En effet, l’ensemble de constructions que l’on peut voir à Pisaq constituait un important centre religieux, comme l’atteste la présence d’un des deux seuls observatoires astronomiques qui aient survécu à l’invasion espagnole[1]. L’arrivée, sur le site, lorsque nous atteignons la crête, me laisse sans voix. Ce sont mes premières ruines Incas. Mon premier Intihuatana, en vrai. Le site de Pisaq est un magnifique exemple de la maîtrise technique des Incas, aussi bien en terme de maçonnerie (voyez ces pierres aux angles parfaits, ces murs aux courbes gracieuses, ces pièces aux proportions harmonieuses et symétriques), d’ingénierie (escaliers réguliers, routes tirées au cordeau, tunel percé à la main), d’agriculture (terrasses accessibles par des marches intégrées dans les murs pour ne pas perdre de place et éviter l’érosions, canaux d’irrigation encore utilisés pour raccourcir le temps de croissance du maïs et éviter les gelées), ou urbanistique (position des bains, greniers, portes de défenses, logement des villageois, etc.). Franchement, Angkor Vat est peut-être plus imposant par la taille, l’ambition de la construction, mais la précision qu’ont montrée les Incas dans la conception de leurs cités est vraiment spectaculaire. Nous arpentons les lieux de haut en bas, de bas en haut, de long en large, pendant une heure et demi avant de redescendre sur Pisaq et le marché, car il faut rentrer sur Cusco pour mon cours d’espagnol. Inutile de dire que j’ai un peu de mal à me concentrer... Et voilà, nous sommes mercredi 17 mai 2006, et je viens de rattraper en 6 pages deux semaines de retard dans notre carnet de voyage. Oh oh, réveillez-vous, c’est fini. Mon frère et sa fiancée arrivent ce soir à Lima, demain à Cusco pour 12 petits jours de rallye touristique dans le sud du Pérou. Je vous laisse pour aller faire fondre le chocolat pour la mousse au chocolat que Soasig nous prépare ! Allez ! Bon appétit et à bientôt !
[1] Le terme quechua est Initihuatana. Le deuxième est au Machu Picchu. C’est un des mots qui faisait partie de mon petit répertoire de quechua...
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