Après le Machu Picchu, la vie continue

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Pérou - Choquequirao
de Annabel, le 25-05-2006

Après le Machu Picchu, la vie continue

Dimanche matin, nous sommes rentres d´Aguas Callentes à Cusco en passant par le site de Moray, peu visité par les hordes de touristes qui préfèrent « faire » le marché de Pisaq. Nous avons pris un taxi à partir d´Urubamba, qui a fait une pause à Moray avant de continuer vers Cusco.
L´endroit est encore un petit bijou d´architecture agraire. Au fond de trois petites dépressions naturelles, les Incas ont aménagé des terrasses concentriques, sur lesquelles, selon les archéologues, ils faisaient des cultures expérimentales. Selon les gens du coin, toutefois, ils y faisaient simplement sécher leurs petites pommes de terre, avant de les exposer au gel ! Au retour, nous nous arrêtons au bord du chemin pour choisir deux couvertures tissées sur place par quelques femmes ayant créé une association d´artisanat. La professeur nous fait l´article et inutile de dire que nous avons du mal à nous décider. En partant, nous avons la surprise émouvante d´être applaudis par les tisseuses… La scène restera gravée : groupe de femmes assises face à leur métier à tisser, sur l´herbe verte, mains de cuir tanné faisant naître des motifs précis, couleurs pastel des teintes naturelles, enfants crasseux accrochés aux jupons de leur mère, sur fond de montagnes enneigées.

A Cusco, après avoir cherché vainement un taxi pendant une heure pour cause de manifestation estudiantine, nous avons retrouvé Soasig, Thomas et Marine pour déposer quelques affaires en prévision du trek à Choquequirao.
Après un déjeuner gargantuesque sur la Plaza San Sebastian, nous décollons avec Guillaume et Claude, un peu fatigués, pour la station de taxis, direction Cachora. Pas facile, il est un déjà tard, mais nous réussissons à négocier le trajet pour 140 soles (soit 9 EUR par personne pour trois heure trente de trajet). Nous faisons une pause en route à Curahuasi, où nous trouvons un petit restaurant, de justesse, pour avaler un mate de coca en regardant le dernier débat télévisé entre les deux candidats du deuxième tour des élections présidentielles. Les derniers kilomètres défilent de nuit, sur une méchante piste qui nous emmène loin, très loin, au fond de la vallée, jusqu´à Cachora, que nous atteignons vers 22h00. Nous prenons deux chambres dans le premier « hospedaje » venu, en construction, sans douche…

Sympa pour commencer quatre jours de randonnée ! Nous sommes lundi, et au lieu de prendre le chemin de l´école ou celui du bureau, nous prenons le chemin des champs, de la vallée de l´Apurimac, et des ruines de Choquequirao. Départ sur les « carreteras », les pistes à pick-up, boueuses et fleurant bon le crottin de cheval. Le début est plutôt facile, montant doucement, et tout le monde se fait les jambes tranquillement. Il commence à faire chaud à mesure que nous descendons dans les gorges de l´Apurimac. Nous affrontons les premiers raidillons, qui font mal aux genoux ! Après le pique-nique sous un citronnier, à Chiquisca, nous terminons la journée sur la Playa de Rosalina, au bord de l´Apurimac rugissant, sur un site touristique en construction. Il y a l´eau, des petites tables où nous préparons le dîner. C´est une première pour Claude et Guillaume : première nuit sous tente, première utilisation du réchaud. Pour nous, la première, ce sont les petites mouches vicieuses, qui s´insinuent partout, nous suçant littéralement le sang, formant des cloques remplies de lymphe, indolores quelques heures… et puis nous démangeant, plus que tout ce que nous connaissions, pendant plusieurs jours. Enfin, nous passons une bonne nuit. Et il fallait, car l´ascension qui nous attendaitle lendemain ne fut pas des plus faciles…
Pour préciser un peu le parcours, disons que Cachora, le point de départ de la randonnée est à 2 900m d´altitude, et Choquequirao, l´arrivée, est à 3 085m, au bout de 32 km. Vous me direz : quoi, à peine 150m de dénivelé sur 32km, mais c´est de la ballade ?! Oui, sauf qu´entre temps, on descend jusqu´au Rio Apurimac, à 1 800m… Et on va le faire deux fois, puisque la randonnée est un aller-retour, de 64km donc, avec un total de 2200m de dénivelé positif et autant en négatif. Pas mal, non ?
Mais reprenons. Là, on monte donc nos premiers 1 100m. Et pour grimper, ça grimpe. Heureusement, il est tôt, et le versant est à l´ombre, sous les nuages. Mais on en « ch… » quand même. Au bout de quasiment deux heures de marche, nous atteignons Santa Rosa, où nous continuons à nous faire bouffer, mais par des moustiques cette fois. Nous attendons Claude et Guillaume, qui ont un peu de mal à se faire à notre rythme (il faut dire qu´on a de l´entraînement !), et finissons la montée vers le site de Marampata, où nous posons nos sacs à dos avec soulagement. Nous avons le temps d´y boire un café en compagnie de nos nouveaux amis tchèques rencontrés sur le chemin avant de partir à la découverte du site « secret » de Choquequirao.

La particularité du site est d´avoir été découvert et redécouvert plusieurs fois depuis sa fondation. Connu depuis le XVIº siècle, une première mention en est faite par un historien espagnol en 1768, puis par les français Eugène de Santiges et Léonce Angrand au XIX° siècle. Enfin, Hiram Bingham, le re-découvreur du Machu Picchu reconnaît l´importance des constructions en 1911. Aujourd´hui, ce sont les français qui ont le monopole de l´exploitation archéologique et touristique du site, contre l´annulation de la dette (si, si !). On estime à 1 810 hectares la taille du complexe, dont 30% seulement ont été dégagés. Ces trente pour cents là valent le coup. La localisation, encore une fois, est la plus improbable qui soit. Voyez les photos. Des terrasses ont été construites comme suspendues dans le vide, jouant avec la falaise qui descend vers l´Apurimac. Un canal de plusieurs centaines de mètres amène l´eau à travers une succession de bassins jusque sur l´esplanade sacrée. L´équipe française qui travaille sur le site est à peu près sure que ce qu´on peut voir aujourd´hui sont les restes d´un projet urbain qui n´a jamais été fini . Après nous être promenés partout où le vertige ne nous empêchait pas d´aller, il nous faut bien rentrer, avant que la nuit ne tombe. Nous sommes arrêtés par Juliano, un ouvrier de l´INC, qui participe à l´entretien du site. Nous papotons pendant une demi-heure, « échangeant » des informations sur le site contre quelques cigarettes !
Et puis nous rentrons à Marampata. Là, nous avons la mauvaise surprise de trouver un groupe de touristes et de mules qui ont planté leurs tentes sur la terrasse que nous convoitions. Qu´à cela ne tienne, nous montons de quelques mètres, à proximité d´une source, et après avoir dégagé quelques bouses, nous nous aménageons un petit coin au soleil avant de passer une bonne nuit… à nous gratter !

Troisième jour de la randonnée. Il nous faut redescendre jusqu´au Rio Apurimac. Mille mètres de dénivelé négatif, sur pente raide (je ne sais pas comment calculer les pourcentages, car on n´a pas noté les distances). Dur, dur, dur. Le bâton est bien utile. Mais c´est un peu trop pour Claude, qui se fait mal au genou. Manu repart sur quelques mètres pour lui prendre son sac. Mais elle a fait la quasi-totalité de la descente en serrant les dents et en portant ses affaires. Nous la forçons un peu à se reposer à Rosalina. Il n´est pas 11h du matin, mais il fait chaud comme dans un four. Un tuyau d´arrosage fait office de douche, et nous y passons tous, au plus grand plaisir des mouches qui font bombance de notre sang ! Vers 14h30, nous repartons en nous répartissant le sac de Claude pour une 1h30 de montée jusqu´au prochain camping : Chiquisca. Il n´est pas tard, mais la chaleur, plus le poids des sacs, plus la fatigue, plus la beauté du site, nous encouragent à planter là les tentes, sans chercher plus loin. Il y a des papayers, l´herbe est grasse, et le propriétaire des lieux vend des bières et des crackers pour un bon petit apéritif. J´arrange avec le propriétaire de louer une mule et son muletier pour le lendemain, afin de soulager Claude de son sac. Et comme il faut équilibrer la charge, j´y mettrai aussi le mien… Trop bête, moi qui avais tant envie de me faire encore un peu mal !!!!

Le lendemain donc, nous partons vers 6h00 pour éviter les grosses chaleurs, car de la méchante montée nous attend. Sans le sac, finalement, ça se passe plutôt bien pour Claude et pour moi ! Lorsque le chemin commence à redescendre, Claude grimpe sur la mule, défiant les ravins et les rochers inégaux. C´est encore une première ! Alors moi je tire mon chapeau, même si je dois reprendre mon sac ! Nous sommes de retour à Cachora pour le déjeuner. Nous en avons tous plein les pattes. Tous, je dis bien tous. La fin du chemin nous semble interminable, avec une petite montée bien traître juste avant d´atteindre le village. Il me faut tous les encouragements de Manu pour arriver au bout du bout. A Cachora, nous mangeons au restaurant de la Terraza, tenu par le directeur d´école de Cachora-haut, sa femme Béatriz et leur fils Héctor, 13 ans, le vrai trésorier des lieux. Nous y mangeons non seulement très bien, mais en plus, on nous fournit des renseignements sur le trek, les transports, et surtout, surtout, le professeur fait de la collecte de fonds pour son école qui en a bien besoin. Résultat, après sieste, dîner chez lui, et nuit Ô combien réparatrice, le matin suivant, nous grimpons tous dans un taxi pour aller visiter l´école.
Nous y sommes accueillis par des enfants vifs et très chahuteurs. A peine trente secondes après notre arrivée, nous nous retrouvons tous avec une dizaine d´élèves accrochés aux mains, aux bras, au pull, au pantalon. Finalement, tout le monde s´aligne et se range, et quelques élèves plus téméraires que les autres viennent nous réciter des poèmes ou chanter une chanson. Ce sont les filles les plus courageuses, d´ailleurs, et il faut forcer les garçons, qui finissent par nous chanter une chanson dans laquelle ils demandent au Rio Apurimac de leur acheter une maison et une automobile !!! Je dois faire un petit discours, étant la seule à baragouiner l´espagnol, en tenue de moine Shaolin… Hum, hum… Ça m´a rappelé quelques souvenirs du Cambodge. Avant de partir, nous laissons 50 soles pour que le directeur puisse acheter des ballons, car il a réussi à faire réaliser un terrain de jeux avec la terre excavée pour refaire la route. Bref, ce fut une rencontre marquante et touchante, à laquelle nous aimerions donner suite. J´espère pouvoir vous donner rendez-vous dans quelques temps et vous en reparler, pour un peu plus que quelques ballons.

Le retour en taxi vers Cusco est juste une parenthèse avant de reprendre notre programme chargé : arrivés à Cusco, nous nous séparons. Manu part à la laverie, tandis que Guillaume, Claude et moi partons acheter les billets de bus pour le trajet jusqu´à Arequipa… le soir même. En attendant, nous nous invitons une nouvelle fois chez Soasig et Thomas, où Marine nous attendait avec impatience. Munu, Nana, Guigui !!!! (Dommage, Claude a vraiment un prénom difficile à prononcer pour une petite fille de deux ans.) Elle se réveille à peine mais nous accueille avec un grand sourire. Nouveau déjeuner place San Sebastian (nous prenons nos habitudes) dans le restaurant « El Juglar », où la taille des portions rattrape la lenteur du service. Il n´y a qu´à voir l´escalope panée devant Manu. Nous refaisons les sacs, un peu d´Internet, Manu retourne en ville pour le linge, j´apprends à faire le gâteau breton de grand-mère, nous buvons un mate de coca, Claude joue avec Marine, nous buvons un pisco sour, et le temps passe trop vite. Il est déjà l´heure d´aller prendre le bus pour Arequipa. Snif, snif, cette fois, ce sont les vrais adieux à nos nouveaux amis bretons expatriés. Mais on s´en fiche, nous les reverrons en France, quelque part et quelque temps entre la Bretagne et Strasbourg. Pour l´heure, direction le Terminal Terrestre. Bonne surprise, le bus est très bien. De vrais sièges inclinables, et le film est tellement nul que l´on n´a aucun mal à s´endormir !

A suivre : Arequipa

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