Bonjour, ou bonsoir à tous nos lecteurs fidèles, où que vous soyez sur cette planète… Planète qui décidément nous réserve de bien belles surprises ! Nous avons repris pieds dans la civilisation et le monde de l´information à Punta Arenas, sur la rive nord du détroit de Magellan, au Chili, après une plongée d´une bonne semaine dans les glaces et lacs andins. En résumé, et sur un plan géographique (à vos atlas !) : De Commandante Piedrabuena en stop jusqu´à El Calafate (le Glacier Perito Moreno) avec une pause à Rio Gallegos J´en profite pour faire des progrès en espagnol avec notre chauffeur nomade fabriquant de couteaux, ancien barman à Andorre et à Miami. Puis de El Calafate à El Chaltén (et le Fitz Roy) en bus, et retour. De El Calafate, nous sommes descendus vers le sud par le Chili en passant par Puerto Natales et Punta Arenas avant de reprendre la route demain pour Ushuaïa. Ouf. Tout ça, ça fait un sacré paquet de kilomètres (j´ai pas fait le calcul mais celui qui nous donnera la réponse la plus approchante gagnera son poids en laine de guanaco). Question occupations, nous avons enfin découvert les joies de la marche sac au dos, sous le soleil ou la pluie et surtout dans le vent andin, que quelqu´un a dû un jour sacrément mettre en colère pour qu´il souffle aussi fort. Ca nous a fait comme un choc après Puerto Madryn et ses 30ºC. Nous qui nous demandions pourquoi nous avions dévalisé le rayon grande randonnée de Décathlon alors que le rayon plage aurait été mieux approprié… et bien, nous étions plutôt fiers de nous et de nos 3 couches. Au départ, il y a toujours 3 ou 4 heures de bus pour aller d´une ville à l´autre. Puis le plantage de la tente (nous sommes rodés…Tiens, nous avons oublié d´acheter un maillet !), la douche plus ou moins chaude, les courses au supermarché du coin en prévision des journées passées loin de tout et le dîner au Primus (mmm… la bonne soupe et les raviolis ! beurk…la polenta !), la vaisselle de Manu, le brossage des dents (halte au mythe du routard cradingue), et enfin, enfin, dans la nuit glaciale, nous retrouvons nos duvets pour une bonne nuit de sommeil. Voilà quelle a été notre routine ces derniers jours. Ah, j´oubliais de préciser que toutes ces étapes se font en sautillant sur place, avec gants, bonnets, cache-col, et tout l´attirail. Vous verrez sur les photos les magnifiques paysages rencontrés au cours de nos ballades, que ce soit au cours des 3 jours autour du Mont Fitz Roy ou bien en excursion près du glacier Perito Moreno. Je parle de rencontres, car j´apprends à connaître cette terre qui veut bien nous héberger. En bonne géographe, je ne peux que m´émerveiller devant ces études de cas exemplaires de la géomorphologie glaciaire. Mes cours de fac me reviennent en mémoire et je régale Manu de mots doux : verrou glaciaire, loupe de solifluxion, vallée en auge, moraine et farine glaciaire, cours d´eau anastomosé, etc. Il trouve ça très sexy ! (Merci de censurer cette dernière phrase pour les enfants qui suivent nos aventures… coucou les petits Guerits et Bouzard-Motard !) Le Perito Moreno, un des rares glaciers qui s´avance encore, déverse dans un lac turquoise de gros morceaux de glace bleue, striée de coulées de sable et de roches brunes arrachées au fond de son lit et remontées à la surface par les mouvements de convexion de la glace. Il nous oppose un front de 5km de large, sur plus de 60m de haut en une langue profonde de 15 à 20 km selon les années. Le bus de l´excursion nous dépose sur un belvédère qui nous permet d´observer le front du glacier sous bien des coutures. Surtout, nous nous approchons suffisamment pour assister à plusieurs ruptures de glaçons qui vont former icebergs dans le lac en une belle vague circulaire. Le bruit est assourdissant. En réalité, la transparence de l´air et l´extrême bonne visibilité nous trompent sur les distances et il faut quelques secondes après l´impact pour que le son arrive jusqu´à nous. C´est un spectacle extraordinaire et malgré le froid, nous ne voyons presque pas passer les trois heures qui nous séparent du retour. Deux jours plus tard, sur les sentiers qui montent de El Chaltén au Fitz Roy, il faut se mettre en jambe bien sûr et j´aperçois surtout le dos de Manu à mesure que la pente s´accroît… Tout est magique à ces altitudes : les pics du Cerro Torre et l´aiguille massive du Fitz Roy qui pointe ses 3 405 m vers les nuages, les eaux turquoises des lacs glaciaires contrastant sur la grisaille des pierriers, les arbustes tordus, noircis ou argentés par les incendies, les forêts de hêtres à la canopée impénétrable, les pics-verts magellan à la crête rouge, et le balais des nuages soufflés comme barbe à papa par le vent changeant. Malheureusement, le mauvais temps du troisième jour nous oblige à écourter le trek, mais nous en avons déjà bien profité (nos pieds et l´ampoule de Manu aussi). En ce dernier jour de randonnée (sur terrain facile certes), j´arrive à suivre le rythme. Il faut dire qu´il fait froid sous les nuages et le crachin et que je suis bien motivée par l´idée d´une bonne bière artisanale et d´un dîner chaud que je ne cuisinerai pas ! De retour sur El Chaltén*, nous cherchons un restaurant bon marché dans lequel nous mangerons notre pire milanesa… Dommage ! Après une nuit plus que fraîche (glaçons pour le petit déjeuner sur la toile de tente) que nous ne sentirons pas trop grâce à nos duvets, nous retournons vers El Calafate. El Calafate, c´est Megève ou la Clusaz ou Avoriaz ou je ne sais quelle station de montagne un peu « hipe ». C´est en bois, c´est tout petit, c´est très cher, mais la population y est assez éclectique : routards trekkers, groupe de retraités sportifs, marginaux un peu hippies, un peu business men qui essayent de vendre leurs bijoux et autres babioles artisanales aux premiers, andinistes de passage vers le Fitz Roy, crampons dans le sac… et nous. On y boit un délicieux chocolat chaud en y dégustant une tarte au chocolat, dulce de leche et crème épaisse pour se remettre de la polenta. Et on tente désespérément de s´en échapper pour rallier Ushuaïa. Pas facile. Rien par l´Argentine. Nous sommes obligés de traverser la frontière pour Puerto Natales, ville de pêcheurs désuète aux maisons basses et colorées sur l´océan Pacifique. Nous y passons le temps de changer un peu d´argent et de prendre un autre bus pour Punta Arenas. Les paysages de steppes sont grandioses sous la lumière dorée du soleil couchant et c´est avec un petit pincement d´émotion que nous apercevons le détroit de Magellan. Après avoir réservé notre passage vers Ushuaïa pour demain mercredi 1er mars, nous finissons par dénicher une chambre chez une charmante petite mamie, dans un décor de France 3 Bretagne : meubles en formica orange, nappes en plastique à fleurs et fleurs en plastique (roses blanches, dahlias, tulipes, tournesols, il y a même un fuschia !), tapis usés mais propres, baignoire à sabots, photos jaunies des beautés naturelles de la région sur le mur… Enfin un bon lit (et qu´il est bon ce lit après 10 jours sous la tente !). Et nous voilà devant un ordinateur depuis plus de 3h pour compresser les photos, faire le tri, vous raconter nos dernières aventures et papoter avec qui se trouve sur messenger. *El Chaltén : le nom du Mont Fitz Roy en indigène qui signifie volcan, croyance ancienne due aux volutes formées par les nuages à son sommet et donnant l´impression d´un volcan en activité, sans parler des grondements liés aux avalanches et aux ruptures dans la glace. PS1 : je vous propose de signer une pétition pour que Manu accepte d´écrire quelques lignes sur ce journal de bord ! Merci d´ajouter votre nom sur le livre d´or si vous souhaitez que Manu écrive ! PS2 : qui était Fitz Roy ? Une nouvelle surprise à gagner ! |