Je vous avais promis quelques explications culturelles et géographiques à propos de Chiloe... Et bien ces 2 heures forcées dans un café vont me permettre de vous faire un petit résumé des nombreuses particularités de l´île. Tout d´abord, il ne s´agit pas vraiment d´une île, mais d´un archipel, dont la plus grande île se nomme en réalité Isla Grande, sur laquelle se trouve entre autresla capitale Castro. Cet ensemble amphibie s´est formé il y a bien longtemps tout d´abord grâce aux travail maintenant bien connu des glaciers sur la roche, puis par leur retrait. L´inondation des vallées les plus profondes ont créé les fjords et les canaux isolant ces îles du continent. Ces îles sont extrèmement arrosées (il y pleut soit-disant 300 jours par an et nous soupçonnons le journal du coin de faire des économies en reproduisant le même bulletin météo tous les jours) et de ce fait présentent un paysage bien différent de ceux que nous avons traversés au Chili jusqu´à présent. Ca ressemble un peu à la Normandie, les eucalyptus en plus, avec ses douces collines,son bocage, ses vaches noires et blanches. A celà s´ajoute une végétation très diversifiée, mariant palmiers, bambous, araucarias, mélèzes et buissons à fleurs comme les fuschias et les hortensias. Toutes les vallées sont dirigées vers la mer et s´ouvrent sur des petites baies dans lesquelles se nichent de charmants petits villages de maisons en bois, souvent sur pilotis, ou du moins posées sur des plots, ce qui permet aux habitants de déménager toute l´habitation d´un coup. La population est un métissage de Chonos, les indiens pêcheurs originaires de l´île, d´Espagnol qui s´y sont installés très tôt et y ont fini coupés du reste de l´empire, dans la même pauvreté que les indigènes. Enfin, se sont réfugiés là des Mapuches, lorsqu´ils furent chassés vers le sud par les Espagnols puis les Chiliens. Nous avons pu croiser de vieilles dames toutes frippées, au visage brun comme le granit qui compose l´île, ou des jeunes filles presque blondes, aux yeux clairs et aux tâches de rousseur. L´ensemble vit dans une profonde solidarité et une grande religiosité. Il n´y a qu´à voir le nombre d´églises ! Hier, nous nous sommes retrouvés par hasard dans un tout petit village de quelques maisons posées autour d´une église (Chullec). Ces églises sont très anciennes, la plus vieille datant de 1730, que nous avons visitée à Achao, et construites exclusivement en bois. L´extérieur de tôles ne paye pas de mine, mais il faut lever les yeux vers les voutes et les colonnes en bois pour comprendre l´habileté des artisans. Le style général est allemand, du fait de la présence passée de nombreux missionnaires d´origine bavaroise. Nous avons lu dans les guides que l´île a développé une mythologie toute particulière et abondante, mais pour tout vous dire, nous n´en avons guère senti l´empreinte lors de notre séjour, donc je ne vais pas m´étendre. Aujourd´hui, les petits pêcheurs ont du mal à faire face aux grosses entreprises de pêcherie, incluant le saumon d´élevage et les fruits de mer, ce qui explique que les jeunes partent couramment de l´île pour chercher du travail sur le continent. La forêt a également fait l´objet d´une exploitation excessive et nous avons pu constater dans le journal que sa conservation est devenue un sujet de préoccupation primordiale. L´art du tissage de la laine n´est pas encore tombé dans l´oubli mais hors saison, il n´y a pas grand chose à voir. Au-delà de toutes les explications, il reste un paysage parfois déstabilisant, présentant des airs de tropiques, de douceur angevine et d´alpage. Tout ce petit monde semble vivre à un rythme lent et même si Internet en bande large a atteint l´île, les modes, elles, semblent l´éviter soigneusement. Il fut fort agréable de nous laisser bercer par les secousses des bus de toutes tailles que nous avons empruntés hier pour arpenter la petite île de Quinchao. Ce matin, toutefois, ouvrant un oeil fatigué sur un ciel grisonnant et une rue inondée, nous avons préféré plier bagages et nous diriger vers Pucon, d´où l´on peut faire l´ascension, si le temps le permet, du volcan Villarica ou quelques randonnées dans les parcs naturels environnant. Nous avons dit au revoir sans regret à notre logeuse, au vieux pensionnaire qui sent la pisse, et à notre chambre bruyante et trop éclairée espérant trouver un temps clément plus au sud. Après avoir raté le bus pour Pucón à 1 min et 39 sec près, nous voilà dans un club internet pour quelques heures. Continuez à nous écrire et à nous laisser des petits mots, c´est toujours un chouette moment que de vous lire. En post scriptum, pour ceux qui s´en souviennent encore, réponse à l´énigme concernant la brûlure sur mon genou : Pour nous réchauffer dans la tente, nous avons eu la merveilleuse idée de nous faire une bouillote dans la gourde en métal chaussée de sa housse isotherme. Nous avons ainsi réussi à augmenter la température de la tente de 5ºC ! Et bien le goulot de la gourde n´est pas bien protégé par la housse et j´ai posé mon genou dessus. Le temps que l´information "châleur" traverse mon pyjama en Damart et atteigne mon cerveau, le mal était déjà fait. Voilà ! |