Du Chili a la Bolivie a travers 12000 km2 de sel

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Bolivie - Salar d'Uyuni et le sud Lipez
de Annabel, le 16-04-2006

Du Chili a la Bolivie a travers 12000 km2 de sel

Après les quelques jours passés à San Pedro de Atacama, où nous avons pu nous aclimater a l´altitude, nous nous sommes inscrits pour la traversee du Sud Lipez et du Salar d Uyuni en 4x4. Nous partons avec Pamela Tour, une agence bolivienne, pour 38 000 pesos par personne, soit 76USD, incluant nourriture, logement, entree du parc national, le transport bien sur, mais pas l eau, ni le pourboire pour les douaniers, ni les quelques bolivianos pour la visite de l ilot Incahuasi. Ils ont un bureau en Bolivie, donc, en cas de pepin, on devrait etre depane rapidement. Premiere mauvaise surprise : nous sommes 7 touristes au lieu des 6 prevus, ce qui signifie que nous n aurons pas de cuisiniere. En ce matin du mercredi 12 avril montent a bord du vehicule 2 anglaises, 2 suedoises,1 sud-africain et nous, les 2 francais du jour. Nous quittons Uyuni en minibus, pour rejoindre la frontiere. La, nous faisons connaissance avec Martial, notre chauffeur et son noble engin, un Toyota Land Cruiser d un certain age, sinon un age certain !

Le vehicule montre tous les signes d usure possibles : pneus lisses et deformes, sieges defonces, capot qui ne ferme plus, pas de ceinture a l avant... Mais nous avons pris le tour le moins cher, non ? Ceci etant constate et comme nous n avons pas vraiment d autre choix, nous nous embarquons, vaille que vaille pour cette grande traversee.

Le premier jour, nous sommes dans la region que l on appelle le Sud Lipez. Nous faisons d abord 40km jusqu au Laguna Verde, qui a la particularite de changer de couleur en fonction de la direction des vents, qui alterent la refraction du soleil a la surface de l eau. Ainsi, d un banal brun, nous l avons vu passer en quelques secondes a un magnifique bleu turquoise. Nous continuons vers le Laguna Colorada, en nous arretant quelques secondes devant une dune de sable de laquelle emergent quelques blocs rocheux ronges par le vent, en un lieu dit qui porte bien son nom : Salvador Dali. Nous faisons une pause egalement au bord d une petite piscine amenagee autour d une source d eau chaude. Puis il y a les geysers qui crachent leur souffre a pleins poumons. Enfin, nous atteignons la Laguna Colorada, a 100km de la Laguna Verde. C est la que nous passerons la nuit, dans une maison basse en adobe, partageant un dortoir avec nos compagnons de route. Nos amies suedoises s exclament en voyant une ampoule pendant au plafond : Oh mais il y a de l electricite ! Et ca tombe bien, car l une d elle n a plus de batterie dans son appareil photo ; elle ne s en etait pas trop inquiete car on lui avait dit que sur la route, on traverserait une ville aussi grande que San Pedro de Atacama (sic !). Nous leur conseillons de ne pas trop esperer, car nous nous attendons plutot a 2 ou 3 h de generateur en fin de journee. Mais non, elles ne nous croient pas. Elles ne nous croient pas non plus quand vers 20h, la lumiere s eteint une premiere fois,et que nous leur disons que c est un avertissement. Nous serons deshabilles et bien au chaud dans nos duvets a l heure ou la coupure sera definitive et qu elles devront batailler dans le noir pour se coucher. Mais j enticipe. Pour l heure, il fait encore jour, et sous un ciel couvert, nous partons a pieds au bord du lac, dans lequel ont trouve refuge des centaines de flamants roses. Ai-je dit, a ce propos qu ils sont roses du fait de la petite crevette pleine de carotene qui constitue leur pain quotidien. Les couleurs sont eclatantes, le rouge de l eau (des algues), la cendre du ciel, les colonnes blanches des nuages, le blanc d un banc de sels, et la multitude de petits points roses et noirs des flamants. Le moment est magique. Mais il fait froid, nous sommes a 4000m d altitude, le soleil se cache trop vite derriere un pan de montagne, et le vent qui balaye l altiplano nous glace les os.

Le repas nous est servi dans une salle commune. Nous sommes agreablement surpris : soupe aux legumes, oeufs durs, tomates et concombres en salade, et une platree de pommes de terre et carottes. Manu et moi finissons les plats, ca n a pas l air d etre au gout de tout le monde. Nous avons tous un peu mal a la tete a cause de l altitude et nous nous retrouvons vite dans notre dortoir, ou Jeremy, notre compagnon sud americain sort sa guitare pour nous rechauffer un peu le coeur. Et bien l experience du chant en haute altitude n est pas si facile que ca. Dur dur au niveau du souffle. C est quand meme une soiree bien sympa.

Le lendemain, nous partons avec pratiquement une heure de retard, a cause d un malentendu avec notre chauffeur, qui nous a dit de changer d heure au moment ou nous traversions la frontiere... Bref, nous montons en voiture en effectuant une rotation de passagers. Manu et moi nous retrouvons derriere, les genoux colles sous le menton. Notre destination est un petit village non loin de San Juan (zut, j ai pas note le nom), aux portes du Salar d Uyuni. Les kilometres defilent, et les paysages changent a un rythme effrene. Foret fantastique de rochers aux formes improbables, enfilade de petits lacs, tous originaux par leur forme et leur couleur, salar en devenir du fait de l evaporation acceleree par le rechauffement de la planete (Laguna Honda, Hedionda, Cañapa). Enfin, dernier arret pour le pique nique face au volcan actif Ollague dont nous apercevons la fumerolle dans le lointain. C est la que nous pique niquons. Martial lui ne mange pas, bien qu ils nous disent le contraire. Nos amies suedoises le croient bien sur, alors qu il veut juste etre poli. Il finit par nous expliquer qu il ne mangera que le soir a l hotel. C est un peu triste. Ca me rappelle un peu l ecart immense qu on ressent au Cambodge entre le Blanc et le cambodgien. Mais il faut dire que nous rentrons dans un pays en developpement, un pays pauvre en d autres termes, ou il y a riches et misereux. Nous avions un peu oublie ca au Chili et en Argentine. Je me sens a la fois plus proche de ces gens la et bien sur, plus distante. Fermons la parenthese.

La fin du trajet nous fait decouvrir des paysages agraires etonnants : champs de quinoa, cette cereale tres complete cultivee par les Incas, qui pousse en touffes rouges, vertes ou jaunes. Nous rencontrons aussi des troupeaux de lamas. San Juan, ou nous nous arretons pour une pause pipi (ah, il faut payer ?), est un gros bourg qui produit de la quinoa pour l exportation. Pourtant, on ne voit guere de signe de richesse...

Nous arrivons a destination vers les 16h. Nous sommes perclus et j ai un mal de crane tenace, melange de l effet de l altitude et des effluves d essence provenant d un jerrican charge dans le coffre. Toutefois, Manu et moi partons a la decouverte du petit village tout en adobe. Il est completement desert a l exception de deux religieuses assises au bord de la route, Nous sommes loges dans un hotel de sel. Oui, oui, un hotel fait tout en sel : murs en briques, tables, bancs et meme les lits. En parlant de lits, nous n en avons que 6 pour 7, et apres un essai non concluant de partage avec Manu (vraiment trop etroit), il attrape un matelas et va faire sa couche dans la salle a manger. Nous avons une vue magnifique sur le Salar d Uyuni. Nous voyons deja les voitures arrivant d Uyuni et nous avons hate d etre demain. Le diner de spaghetti est a la hauteur de notre faim. Martial nous apporte notre traditionnel mate de coca qui soulage un peu les maux d altitude. Je pars me coucher en laissant les autres autour de Jeremy et sa guitare.

En ce troisieme jour, Martial nous annonce que c est le vendredi de la passion et qu a Uyuni, il y a une procession a partir de 14h et qu il aimerait bien y etre. Bref, nous nous depechons et nous partons a l assaut du Salar d Uyuni, ce grand lac sale de 12 000km2, le plus grand du monde. Il est encore en partie inonde et l effet est saisissant : le ciel rencontre le lac en une fine ligne a peine plus sombre que les nuages, et le haut et le bas se fondent en un vide sans limites.

L ile Incahuasi, que nous atteignons apres une soixantaine de kilometres hors piste semble une anomalie de la nature : des centaines de cactus geants s elevent parmi des rochers coraliens coupants. Du sommet, nous avons une vue a 360º sur le Salar. De la, nous faisons encore une pause dans un champ salin, ou des saulniers encagoules ramassent le sel en petit tas qui seront ensuite charges dans des camions pour etre transforme et utilise dans l industrie et l agriculture. Enfin, vers 13h, nous entrons dans Uyuni. C est une petite ville de maisons basses aux larges avenues desertes et poussiereuses. Il y a cependant une petite place bordee de batiments coloniaux. Un repas nous est servi dans une maison de ville : quinoa et cotes de lama... Un regal ! ! !

C est l heure de la separation.Martial nous depose a l hotel, la Residencial Sucre, ou nous pourrons etre un peu tranquille.

Nous partons a la recherche d un bureau de change. Pas facile, nous sommes le Vendredi Saint et tout le monde est a la messe. Comme on dit, a Rome, fais comme les Romains. Nous allons donc assister a la procession du Chemin de Croix. C est impressionnant. Procession de penitants portant un Christ Gisant, pieds nus, en tuniques et cagoules violettes, qui rappellent le Ku Klux Klan... Les habitantes sont habillees de jupons superposes (bonjour la ligne !), le chapeau melon visse sur la tete, les hommes sont en plastron et les enfants portent l uniforme de leur ecole. La fanfare de la caserne militaire accompagne tout ce petit monde en une cadence bancale.

Mais nous allons manger une pizza a 17h30 (et oui, on ne se refait pas), chez un americain qui pratique l echangisme... de livres ! Et me voila equipee pour les prochains jours.

Fin de notre periple entre Chili et Bolivie, samedi, nous partons pour Potosi, qui fut un jour la plus grande ville d Amerique Latine, egalant Paris et Londres. On y extrayait la majorite de l argent utilise dans le monde. La route qui s eleve jusqu a des passes a 4000 m est de toute beaute, nous revelant des oasis d un vert brillant au fond de vallees plates et de cañons ocres et gris. Nous sommes au coeur de la Bolivie quechua. L emotion devant ces paysages et les gens que nous croisons me prend a la gorge. Manu et moi nous regardons en souriant, les yeux brillants. Nous avons l impression de decouvrir un nouveau monde et d etre reellement au coeur de notre voyage.

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