Randonnée à Maragua

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Bolivie - Chataquila - Maragua - Quila Quila
de Annabel, le 25-04-2006

Randonnée à Maragua

Du vendredi 21 au dimanche 23 avril, nous avons eu la merveilleuse idée de partir en randonnée dans le monde merveilleux de la montagne bolivienne, autour de Sucre.
Partis sac au dos allégés, nous programmions un trek de 2 jours, de Sucre en bus jusqu´à la chapelle de Chataquila, puis Chaunaca par le chemin de l´Inca, Socapampa et enfin Maragua pour la première nuit. La deuxième journée devait nous mener jusqu´à Humaca et Telula puis Quila Quila d´où nous devions prendre un bus pour rentrer sur Sucre.
Bien, ceci étant dit, c´était sans compter sur la complexité des chemins andins. Il faut dire que les villages que nous avons visités sont très difficilement accessibles par la route et la plupart des habitants font le voyage à pieds (en sandales, et au pas de course). Il y a aussi les sentes inombrables tracées par les chèvres et les enfants. En fin de compte, nous avons tenu notre "planning" le premier jour, mais le deuxième jour, nous avons souffert à en pleurer, en nous perdant sur les versants abruptes, rocailleux et broussailleux du cratère de Maragua. Conclusion : plus dur d´y entrer que d´en sortir.

Quelques anecdotes :
Quand nous sommes partis de l´hôtel Charcas, à Sucre, la gérante a essayé de m´expliquer quelque chose, en faisant les gros yeux, et en mimant un baton à la main. Je pensais qu´elle ne me parlait que de prendre un guide, les chemins étant difficiles à trouver. En fait, 1h après le départ de la rando sur le chemin dallé de l´Inca, j´ai compris de quoi elle parlait : Manu tombe en arrêt devant un long et fin serpent vert. Il se penche vivement, ramasse des pierres et lui jette dessus. Je me mets de la partie et l´animal fuit, sans être blessé. A la fin de la randonnée, pendant le trajet en bus, tout d´un coup, le chauffeur stoppe le véhicule, 4 ou 5 jeunes sautent à terre et se mettent à lapider un serpent et son petit (?), jusqu´à ce que mort s´en suive. Voilà, le baton de la gérante, c´était pour en frapper le sol et faire fuir d´éventuels reptiles.

En montant vers le cratère de Maragua, la journée touchant à sa fin et n´étant pas tout à fait sûrs du chemin, j´interpelle une vieille dame qui grimpe devant nous, courbée sous une lourde charge qu´elle porte dans une de ces belles couvertures colorées. Je lui crie : "Maragua !!!". D´un signe de la main, elle nous fait signe de la suivre... Certes, mais une vieille Quechua, même chargée comme un baudet, ira toujours plus vite que deux francais marchant depuis 4h, même habillés en Quechua !!!

Heureux d´être arrivés, enfin, à Maragua dont nous apercevons l´église et l´école dans le fond du cratère, nous cherchons un endroit pour dormir. Il n´y a pas âme qui vive... Mais une jeune mère se précipite pour nous vendre une ceinture tissée. Non merci, nous sommes déjà assez chargés. On nous indique l´école. A l´école, personne. Juste un adolescent qui nous annonce que l´insituteur est à Sucre et que le portier habite "mas ariba, ariba, ariba"... Trop loin pour aller le chercher. Je mendie de l´aide. L´adolescent reste impassible. Enfin, un homme d´âge mûr arrive de nulle part avec 4 ânes et nous indique des cabanons pour touristes. Ils ne sont pas terminés et personne n´a la clé mais nous planterons la tente à l´abri du vent sur le terrain. Les bougies nous éclairent après la tombée de la nuit. A 19h30, nous sommes au lit. A 6h30, nous sommes debouts et une voisine nous offre un bol de maïs, que nous échangeons contre des cigarettes...

Nous sortons du cratère sans trop de difficulté, gravissant pistes de roches lissées par le temps et les pas des villageois, éboulis et tas de sable, traversant champs de blés et de fèves (petite pensée pour mon grand père Papi Georges qui avait plein de fèves dans son potager, que je n´aimais pas). Un cultivateur à qui nous demandons quel chemin suivre nous mène à sa maison, dominant un beau versant et un champ de blé. Il lance une pierre au lointain en nous disant "c´est par là !". Trois heures après et 600m de dénivelé dans les pattes, après avoir franchi ravins, ruisseaux boueux, escaladé des éboulis et des paroies friables, nous être accrochés les bras et les jambes aux méchants buissons épineux, nous être disputés une bonne dizaine de fois sur le chemin à prendre, fait caca de stress, et mangé nos dernières barres céréales, enlevé les sacs pour passer les endroits les plus difficiles, il faut nous rendre à l´évidence : NOUS SOMMES PERDUS !!!
Nous décidons finalement de rentrer sur Maragua et de laisser tomber Humaca et Telula, que nous apercevons pourtant de l´autre côté de la vallée.

Nous cherchons à avancer vers Chaunaca qu´une piste doit relier à Maragua, mais partons, lè encore, dans la mauvaise direction : nous suivons des traces de pneus, logiquement, elles devraient nous sortir du cratère. Logiquement, non ? NON ! Ce sont les traces d´un camion de chantier qui avait livré des tuyaux pour de l´approvisionnement en eau, cul-de-sac. Les ouvriers compatissants nous annoncent qu´on peut aller à Quila, Quila, "en el otro lado", de l´AUTRE COTE de la colline, mais qu´on arrivera tard ! La mort dans l´âme, la queue entre les jambes, le souffle court, le ventre creux, mais sous un soleil moqueur, nous rejoignons le bon chemin. Nous y trouvons un coin magnifique pour planter la tente, sur une terrasse herbeuse et moëlleuse.
Au dodo à 18h30 (!), debout à 6h du matin, nous arriverons enfin à Quila Quila vers 8h30 (sans nous égarer, cette fois-ci, si, si, on vous jure !!!).

Nous attendons le bus 3h, en discutant tout d´abord avec l´épicier et Luis, un voisin. On parle de Scorpion, de "jock en joll", de Modern Talking, de foot, d´immigration et du coût d´un voyage en France ou en Espagne... Jusqu´à ce que les notables du village arrivent, bourrés à la Chicha (alcool de maïs fermenté) et nous cherchent des noises à propos de photos. On se replie dans un coin, et nous montons, ENFIN, dans le bus vers 11h30. Il n´y a plus de places assises et nous devons nous accrocher aux mains courantes pendant les 2h qui nous séparent de Sucre. Je réussis quand même à m´asseoir par terre. Je somnole et me réveille les fesses trempées : des jeunes ont renversé un soda... Derrière moi il y a aussi une Indienne qui a l´air de ne pas aimer les transports en commun et qui vomit-crache dans un petit sac en plastique. Les enfants se font pipi dessus et l´odeur devient insoutenable. On ferme les fenêtres à cause de la poussière de la piste. Le bus longe dangereusement les ravins, je préfère regarder ailleurs.

Nous arrivons sains et saufs à Sucre vers 13h, pour prendre un douche rapide, récupérer nos sacs, aller manger quelque chose et attraper le bus pour Santa Cruz à 16h30.

Des vacances, vous avez dit des vacances ???

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