Bout de route. Il neige. Enfin, si l’on peut appeler ces flocons timides de la neige. Je ne peux m’empêcher de sourire : un arbre immense nous recouvrant tous de sa frondaison invisible déverse les pétales de ses fleurs. Je rejoins la voiture et son vieux chauffeur qui chantait de si belles mélodies sur la route de Mazar-e-Sharif. Je me suis hissée tant bien que mal en essayant de ne pas me frotter à la carrosserie boueuse. Je sors de la cour de la maison du haut du Land Cruiser. Et mes yeux s’écarquillent à la vision de ce champ de foire. La rue n’est plus qu’une rivière de boue. Sur le bas-côté, un petit garçon en sandales, le pantalon remonté au-dessus du genou essaye de ne pas tomber en glissant dans la gadoue. Il a l’air de s’y plaire. Sur la route principale, des hommes au visage mongol s’échangent un grand sac de jute blanc, tandis que des rickshaws pétaradent entre les flocons. Des femmes en burka blanche ou bleue se pressent pour se rendre au bazar, silencieuses, le bas de leur robe remonté sur leurs chaussures à talons hauts. Dans le fond de l’écran, les montagnes ont coiffé leur bonnet blanc. C’est une matinée normale, banale. Et pourtant il y a comme une lumière sur le paysage.
Des matins comme ça me réconcilient avec ma vie ici. Les conditions de sécurité se dégradent de jour en jour et les déplacements d’expatriés sur le terrain ont été annulés dans le nord, d’où je vous écris. J’ai donc passé dix jours les fesses sur une chaise dans un bureau. Je m’ennuie ferme, même si j’ai beaucoup de travail. Je ne sais pas ce que je suis venue faire ici. J’aurais pu faire le même travail à Kabul, mais en étant avec Manu. Un léger sentiment d’absurdité plane sur ces derniers jours. Je dois rentrer mercredi sur Kabul. J’ai piqué une crise et ai décidé de prendre mon jeudi après-midi, comme ça on pourra aller faire un peu de shopping avant le retour de Manu en France. Parce que môsieur arrive au terme de son contrat : le 25, il devrait être à Strasbourg. C’est la fête ! Je finis cette missive, enfin, en souhaitant, comme la tradition le veut, la bienvenue au petit Maxime, que j’ai hâte de rencontrer, et en félicitant la maman pour ce beau travail… Et vive l’amitié ! |