Ce matin, je suis allée au ministère de l’intérieur pour faire tamponner ma carte de sortie du territoire. Les bâtiments sont protégés comme un bunker, à cause des attentats fréquents qui prennent pour cible cette institution stratégique. Nous passons le no man’s land de l’entrée à toute vitesse, comme des militaires en action, virage à droite, chicane, bloc de ciment, sac de sable. Ouf, rien ne se passe. Je rentre dans la petite maison de fouille pour les femmes. Là, on me confisque mon Ipod, mon paquet de cigarettes, mes allumettes et un câble de connexion qui traînait dans mon sac à main. J’essaye d’assembler le tout dans ma tête, histoire d’en faire un engin de destruction massive… N’est pas Mac Giver qui veut ! Et puis nouvelle course jusqu’à un bâtiment administratif, bien sûr, pas de panneau ; heureusement que je ne suis pas seule ! Nous nous engouffrons dans un couloir sans lumière, je manque de percuter une petite dame en burka… Dangereux la burka dans le sombre. Et puis nous entrons dans une petite pièce encombrée de trois bureaux. A ma droite, un monsieur barbu avec un pakol. En face, un chapeau en astrakan posé sur la tête d’une personne de petite taille. Je prends des pincettes, je n’ai pas réussi à savoir si c’était un homme ou une femme. Voix fluette et cassée, main minuscule aux doigts boudinés qui remplit des formulaires. A ma gauche, une femme outrageusement maquillée, à peine voilée, un visage aux traits carrés, très masculins, une jupe et un corsage blancs, bouffants comme une tenue de danseuse roumaine. Je reste sans voix quelques secondes. Je remplis mon formulaire, on remplit mon formulaire, et nous passons dans un bureau attenant. Au moment où je passe devant la charmante fonctionnaire, elle tire sur ma chemise qui visiblement, n’est pas assez longue à son goût. Je me retourne offusquée…
Dans le bureau suivant, un militaire est assis oisivement sur un large canapé. Un monsieur occidentalisé m’accueille par un welcome tout sourire, me demande où je travaille, depuis combien de temps je suis en Afghanistan, etc. En entendant le nom de mon ONG, un des visiteurs m’adresse la parole : il s’agit du gouverneur de la Kunar. Oups, tout d’un coup, je suis toute intimidée. C’est un pashto ventripotent à la barbe longue mais soigneusement taillée et teinte au henné noir. Il me remercie d’avoir travaillé dans sa province. Mais de rien. Et puis nous pouvons partir. Le collègue qui m’accompagne me fait remarquer : elle a tiré sur ta chemise, mais tu as vu comment elle était habillée ! Je rigole bien. Récupère mes affaires. Remercie la sécurité. Et m’enfuie en courant de cette cour aux miracles qui est bien à l’image de l’Afghanistan : surprenante. |