Les amis de mes amibes ne sont pas mes amis.

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Afghanistan - Kaboul
de Annapabel, le 14-06-2007

Les amis de mes amibes ne sont pas mes amis.

10h - Jalalabad
Allo Docteur, j’suis pas bien. J’ai eu la diarrhée et j’ai vomi toute la nuit. Oui, avec des selles glaireuses. Non, je n’ai pas de température. Qu’est-ce que je fais ?

14h - Jalalabad
Allo Docteur, j’ai pris les ORS, mais j’ai des crampes, et je suis fatiguée, fatiguée, fatiguée. Qu’est-ce que je fais ?

19h - Jalalabad
Allo Docteur, ça va mieux, merci, je vais aller dormir un peu je crois. Merci de votre aide.

Le lendemain
12h - Asad Abad
Allo Docteur, aïe, j'ai à nouveau la diarrée... Oui, oui, boire beaucoup. Je rappelle si ça va pas mieux.

Minuit - Asad Abad
Allo Docteur, ça a recommencé, je ne vomis plus, mais la diarrhée a repris. Oui, avec des glaires. J’ai 38°2 de température. Les 10 médecins pashto qui sont à mes côtés veulent me faire une injection d’antibiotique. Qu’est-ce que je fais ?

Le lendemain
7h - Asad Abad
Allo Docteur, j’ai les résultats de l’examen, ce sont des amibes. Qu’est-ce que je fais ?

14h-Kabul
Bonjour Docteur, merci de passer me voir, non, ce n'est pas la grande forme !

Et ainsi de suite pendant une semaine… Sans être payé en plus.
Sans rire, il y a plein de raisons pour lesquelles je n’aurais jamais pu être médecin. Moi, je ne vois un médecin que lorsque je suis malade. Que lorsque mon corps me trahit. Lorsqu’il n’est pas beau, lorsqu’il laisse échapper de ses entrailles de vilaines humeurs. J’ai du mal à supporter mon propre corps dans ces cas-là, alors celui des autres ? Non, merci ! Et la patience qu’il faut pour s’occuper de la tête en plus du corps… Ces derniers jours, alors que je savais que je n’étais pas gravement malade, que j’avais accès très facilement à un excellent service de santé (c’est-à-dire un médecin européen !), j’ai quand même trouvé le moyen de me plaindre, de souhaiter être ailleurs. Et vous savez cette propension qu’ont les malades à appeler leurs amis, qui ont eu la même chose, qui ont pris ce médicament, et puis je connais un pharmacien qui… Non, mais franchement, les patients sont chiants.

Voilà, tout ça pour expliquer le silence radio de cette semaine. Heureusement donc, je ne suis pas seule ici pour me supporter. J’ai passé la semaine à Kabul, dans mon lit (ok, aussi beaucoup dans les toilettes, mais c’était bien, c’est la pièce la plus fraîche du 1er étage). Je refais doucement surface. Et bon, oui j’écris, peut-être pour essayer d’être en contact avec le plus de gens possibles, car ici, enfermée à la maison, à part mes collègues (et HEU-REU-SE-MENT qu’ils sont là ceux-là !), je me sens un peu isolée.

Alors sinon, il fait toujours chaud. Et il n’y a pas la plage. Mais il y a la piscine des UN à Jalalabad, et ce sera le sujet de mon prochain message sur le blog.

Je vous aime.

Annabel

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