Les trésors de la vallée de Bamiyan

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Afghanistan - Bamiyan
de Touriste en Afghanistan, le 12-07-2007

Les trésors de la vallée de Bamiyan

En ce samedi 7 juillet, une partie des excursionnistes repart sur Kabul à l’aube. Réveillée par leurs préparatifs, je ressens comme une gêne au niveau de la lèvre inférieure… Elle a doublé de volume sur le côté droit. Que c’est-il passé cette nuit ? Mystère. En tout cas, le gonflement mettra deux jours à disparaître. Je ressemble à une bimbo hollywoodienne dont l’injection de silicone dans les lèvres aurait mal tourné. Chouette.

De notre côté (notre côté étant Juliette, Claire et Pathé), nous prolongeons notre séjour à Bamiyan d’une journée avant de faire la route vers Doab.
Au programme, les hauts lieux de cette vallée sacrée pour les Bouddhistes et les Musulmans : la Vallée du Dragon, la Cité Rouge et bien sûr les ruines des deux buddhas géants, détruits par les Talibans en mars 2001.
Nous commençons notre journée par la Vallée du Dragon. Au fond d’un ravin, des familles déplacées par l’Unesco pour protéger la falaise aux Buddhas sont venues s’installer. Au départ, il s’agit d’un village « clé en main ». Il y a une école, une mosquée, des points d’eaux, de belles maisons en briques peintes en blanc. Mais plus nous nous enfonçons dans le défilé, plus les maisons sont pauvres et plus le plan d’occupation des sols semble pour le moins loufoque. Les habitants se sont installés au pied des parois friables, dans le lit, à sec certes, d’un torrent. Les derniers événements climatiques ont montré que les inondations, les glissements de terrain et autres catastrophes liées aux pluies torrentielles pouvaient faire beaucoup de dégâts. Mais ici, le terrain est (presque) gratuit, alors difficile de refuser à ces Hazaras, persécutés de tout temps par les autres afghans, jusqu’à l’apogée quasiment génocidaire de la période talibane, le droit de se réapproprier leur territoire.
Au fond de ce ravin, une barre rocheuse étrange. Fendue dans le sens de la ligne de crête, elle ferme le vallon en cul de sac. C’est le fameux dragon terrassé par Ali. Personnellement, je ne vois pas de dragon. Il y a bien deux mamelons qui sont sensés rappeler les dents de l’animal, mais il lui manquerait la mâchoire inférieure. Je n’y comprends rien. Par contre, j’y vois un magnifique exemple de relief faillé. Un séisme a dû soulever une partie de la vallée, une faille y est apparue, coupant en deux, en une parfaite symétrie d’anciennes concrétions calcaires liées sans doute à des sources chaudes. Je reconnais là quelques formes aperçues sur le plateau des sources chaudes au-dessus de San Pedro de Atacama, dans le nord du Chili.
Sur un des flancs du dragon, il y a même une toute petite source d’eau gazeuse. Il s’agirait des larmes du dragon… La vue de cette crête est saisissante de contraste. Et cette description est vraie, maintenant que j’y pense, pour l’ensemble des paysages afghans. Une carapace de plateaux arides, aux couleurs ternes et brunes, encadre la vallée verdoyante de Bamiyan. De petits cumulus défilent dans le ciel d’un bleu qui ne pâlit pas.
Après avoir bu tout notre saoul du vent et des roches, nous nous dirigeons vers les Buddhas. Pas de chance, des chantiers de rénovation sont en cours et la visite est interdite pendant les heures de travail. Il faut encore attendre. Nous prenons rendez-vous avec Abbas, un jeune guide revenu d’Iran, pour une visite à la Cité Rouge plus tard dans l’après-midi. Ce midi, j’ai envie de légume après les trop nombreux et bien monotones kebabs de moutons. Ratatouille pour tout le monde donc !

Je me couche pour une petite sieste de quelques minutes mais suis réveillée, quasiment une heure plus tard par Juliette : nous sommes déjà en retard pour notre rendez-vous. Cet après-midi, Pathé nous accompagne. Abbas le connaît bien, ils se sont rencontrés il y a un an déjà, au moment de la coupe du monde de football. Abbas avait, à la grande surprise de Pathé, réagi au fait qu’il soit Sénégalais, en lui parlant de Haj Douf, célébrité footballistique nationale !
Ce jeune homme n’a de guide que le nom. Je lui demande quand a été construite la Cité Rouge. « Oh, it’s very very old » me répond-il ! Au cours de la visite, il commente les pièces en ruine d’explications laconiques : « it was a room for a very important person », « it is roman style »… Nous piquons quelques fous rires pas très cléments devant un Abbas légèrement dépité. Nous sommes également accompagnés par Akil, un jeune policier de vingt ans qui nous a été attribué quasiment de force, ainsi que son AK47, au check point de la sortie de Bamiyan. Il faut dire que l’endroit est miné et qu’il vaut mieux mettre nos pas dans ceux de quelqu’un de plus avisé.
Ceci dit, l’ascension de la ville en ruine, même si elle ne m’apprend pas grand-chose sur l’histoire de la vallée, nous offre l’occasion de découvrir un paysage sorti tout droit de l’imagination d’un décorateur de cinéma. Ce ne sont que pics et crevasses, hachures violentes de brun, d’ocre, de gris ou de vert, des mouvements de la roche plissée, retournée et soulevée par des forces majestueuses. Au milieu de ce chaos minéral, comme d’habitude, une langue d’un vert qui a la couleur même de la vie. Je comprends mieux, dans ce contexte, pourquoi on dit chez nous que le vert est le symbole de l’espoir.
Au sommet, le vent se lève, la pluie se met à tomber en rafale soudaine pour s’interrompre aussitôt. Nous entamons la descente en essayant de ne penser ni aux mines, ni aux glissades, ni au vide…

Il est 16h passé et les Buddhas nous attendent. Je ne sais pas trop à quoi je m’attends. Nous avons vu tellement d’images à la télévision, au moment de leur dynamitage, nous avons entendu tellement de voix s’élever contre ce crime qui a fait couler plus d’encre que les massacres d’Hazaras qui avaient lieu à la même époque, que j’ai presque un a priori négatif à leur encontre…
Mais au pied de cette falaise trouée comme du gruyère, je me rends compte de l’importance de ce site dans l’histoire du Bouddhisme. Ici, si loin de l’Inde, du Tibet, du Népal, de la Birmanie, de la Thaïlande ou du Cambodge, des centaines de grottes ont été creusées, sculptées, peintes de Buddhas bleus, rouges, aux mains en position de défense contre les ennemis, de méditation… Les chemins qui menaient aux grottes se sont effondrés depuis longtemps, mais au cœur de la montagne, autour du « petit » Buddha de 35 mètres, les architectes ont construit un escalier qui relie de petites chapelles entre elles, en recul de balcons qui permettent d’admirer la vue plongeante sur la vallée. Il ne reste plus grand-chose des fresques religieuses dans ces grottes, mais d’autres cellules inaccessibles ont été murées. Abbas nous dit y être déjà entré lorsque des échafaudages permettaient d’y grimper, et y avoir vu des peintures entièrement préservées. Je peux facilement visualiser cette ville troglodyte il y a 1 500 ans, occupée par des moines bouddhistes, artistes peintres, calligraphes, sculpteurs, et la ville  à leurs pieds et sa population civile, occupée à pourvoir aux besoins des reclus, en une organisation encore connue dans certains coins de l’Himalaya.

Je me sens assommée, ivre, abasourdie par tout ce que j’ai vu aujourd’hui. J’essaye de digérer ces merveilles créées par l’homme ou la nature, dans cet endroit où les deux semblent avoir su si bien cohabiter. Je n’ai pas le courage d’aller visiter le grand Buddha, celui de 53 mètres, et nous décidons de rentrer nous reposer.

Pathé a préparé un poulet yassa. Nous apprécions l’attention après cette journée épuisante. Je ne tiens pas longtemps avant d’aller m’effondrer d’un sommeil sans rêve. Il s’agit de se réveiller en forme demain matin : nous partons à 7h15, pour visiter le dernier Buddha, avant de prendre la route pour Doab, point d’entrée dans la province de Samangan.

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