Allier travail et plaisir, c'est possible en Afghanistan !

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Afghanistan - Bamiyan-Doab-Ruy
de Annabel, le 12-07-2007

Allier travail et plaisir, c'est possible en Afghanistan !

Etre dans un petit pays ne veut pas forcément dire que les trajets sont courts. Ainsi de Bamiyan à Doab, il nous a fallu six heures pour parcourir quelques cent kilomètres. Pourtant, Youssouf était au meilleur de sa forme, comme d’habitude. C’est peut-être l’état de la piste qui emprunte les lits des cours d’eau, ou bien les éboulis qui encombrent le passage. A moins que les pelleteuses qui refusent de s’écarter aient ralenti notre progression… Avoir un Pathé avec soi dans tous les cas, est bien utile : on ne nous regarde plus, nous les femmes, et pour faire dégager la route, un Sénégalais est plus efficace qu’un chauffeur afghan, aussi sympathique soit-il.
Je ne me plaindrais pas, cependant, de ses longues heures passées dans la poussière, la chaleur et les cahots, car nous avons encore eu droit à un florilège, que dis-je, un feu d’artifice, d’extravagances géologiques, architecturales et rurales. Comme dirait Thomas, une bonne photo vaut mieux que tous les commentaires, donc je vous laisse découvrir sur les images de quoi je parle.
La montée jusqu’au col de Jalat nous donne à serpenter dans un cours d’eau à sec, bordé d’arbres de Judée aux fleurs comme des plumeaux mauves, et de buissons de fleurs aromatiques ressemblant fort à de la lavande. En altitude (nous sommes à 3 113 m), on commence à voir filer dans leur trou les petits « mouch », un croisement subtil entre le rat musqué et la marmotte. Nous faisons une pause pour admirer la succession des montagnes et les vallées qui font des zébrures vertes dans le paysage. (Là, je décris car les photos sont ratées à cause de la brume.)

L’arrivée à Doab est commentée par Pathé, qui s’occupe du programme agricole de Solidarités dans la zone. Plantes fourragères, blé sec, moutons et vaches, chèvres… Les ressources agricoles sont maigres et peu variées. L’eau est rare. Les villages ont l’air abandonnés sur les pentes d’éboulis. Ah oui, ils sont vraiment abandonnés, car les familles sont parties faire paître leurs troupeaux sur les « ayloks », les pâturages d’été.

La maison de Solidarités est coincée au fond d’une ruelle. Un petit canal longe le chemin, et délimite les champs qui s’étendent jusqu’au pied des montagnes, donnant à l’ensemble un air de petite maison dans la prairie. Un de leurs collègues arrivent le soir même de Kabul, tandis que le Dr. Helal, le Dr. Salam et un interprète, Shah Qadir, nous rejoignent depuis Aibak. Pathé, bien gentiment, me laisse sa chambre. Nuit paisible, troublée parfois par les aboiements des gros chiens de campagne.

Lundi, je commence ma semaine de travail par une visite à Ruy, dans le sud ouest de la province de Samangan. Nous y avons un Comprehensive Health Centre, et j’ai de la chance car c’est le dernier jour d’une formation des Agents de Santé Communautaires. Ils sont tous là, pas d’absents, hommes et femmes séparés dans deux pièces différentes. J’ai la surprise de retrouver Zichon, le fils cadet d’Anissa chez qui Manu et moi avions passé l’Eid au début de l’année. Au programme de la matinée : discussion avec les femmes pour évaluer la qualité de matériel d’éducation et d’information pour la promotion de nos activités de santé communautaire. Le poster sur les Agents de Santé, parce qu’il comporte autant d’illustrations que de texte, est apprécié. Mais face à nos dépliants, j’ai l’impression de voir des poules qui ont trouvé un couteau : les femmes ici sont complètement illettrées et ne savent même pas dans quel sens prendre nos documents. C’est très troublant : même pour comprendre une image il nous faut leur mettre le papier dans la bonne direction. Par contre je suis impressionnée lorsque le Dr. Helal demande à l’une d’entre elles de nommer les médicaments qui sont agrafés dans des petits sachets transparents sur un poster accroché au mur. Non seulement elle donne le nom des médicaments, mais également la pathologie qu’ils combattent et la posologie indiquée. Et nous qui disions que parce qu’elles sont analphabètes, elles sont incapables de gérer les médicaments que nous distribuons ! Encore une idée reçue de moins. Je pense que ce serait un bon moyen de donner confiance aux femmes que de leur permettre de gérer au moins une petite partie des médicaments, pour les problèmes les plus courants : paracétamol, cotrimoxazol, sels de réhydratation orale ou contraceptifs.
Juliette, pendant ce temps, discute avec les hommes pour tester le premier numéro de la nouvelle formule du magazine de santé de l’AMI à destination des agents de santé.
Après le déjeuner, partagé avec Anissa dans la clinique, nous nous accordons une petite pause. J’en profite pour réviser avec Zichon les quelques jeux de mains que je lui avais appris : « Dans ma maison sous terre, omawe, omawe… » C’est drôle de voir son visage s’éclairer à mesure qu’il s’en souvient.

Dans l’après-midi, nous changeons de place et c’est à mon tour de m’asseoir parmi les hommes. Ils sont dans l’ensemble ravis que nous ayons lancé la création des comités de santé villageois. Ils en espèrent beaucoup de soutien face à une communauté qui ne comprend pas toujours l’intérêt des nouveaux messages de santé et qui reproche aux agents de santé le manque de médicaments. Ici, nos dépliants informatifs ont plus de sens, et je suis contente de voir qu’ils en comprennent le contenu sans trop de difficulté. Je demande à tout le monde de sortir de la pièce pour prendre une photo. Ils présentent avec fierté les panneaux que nous leur avons distribués pour qu’ils aient un peu de visibilité dans leur village.

A 15h30, je commence à rameuter l’équipe : il est temps de partir. Même si nous n’avons qu’une heure et demi de route devant nous, et que la nuit tombe vers 19h30, il vaut mieux se garder une marge de sécurité. Commencent les ennuis : il faudrait ranger les salles de formation, charger le matériel dans la voiture, prendre avec nous deux superviseurs. Je finis par m’énerver et planter tout ce petit monde là. En arrivant à la clinique, il est déjà 16h15 et le chauffeur me dit : « nous avons dépassé l’heure autorisée pour le départ. Nous devons passer la nuit ici. » Là, je m’échauffe pour de bon : « Hors de question, s’il y en a qui passe la nuit ici, c’est mon collègue de Samangan ». La terrasse de Doab nous attend ! Enfin, nous décollons et passons dans un silence morose les longues minutes du voyage. Pourtant, nous nous arrêtons pour une pause au cœur d’un canyon au fond duquel coule une rivière d’un bleu laiteux. La superviseuse que nous avons emmenée avec son fils s’éloigne pour se rafraîchir. Image d’Epinal de sa silhouette en contre-jour d’une falaise crayeuse. Je m’apaise. Pourquoi s’énerver ?

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